La Revue Lawfare de la Sorbonne s’inscrit dans une ambition scientifique exigeante : proposer un espace de réflexion de haut niveau consacré aux usages contemporains du droit dans les dynamiques de puissance, de rivalité et de conflictualité. Revue semestrielle publiée par la Clinique Juridique Lawfare de la Sorbonne (CJLS), établie à l’École de droit de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle a vocation à structurer un champ d’analyse en pleine expansion, à l’intersection du droit, de la stratégie et des rapports de force internationaux.
Ce premier numéro, intitulé « Le droit au service de la puissance stratégique », réunit des contributions qui mettent en lumière la manière dont le droit ne se borne plus à encadrer les relations institutionnelles, économiques ou internationales, mais tend désormais à devenir un vecteur d’influence, un instrument de contrainte, un support de légitimation et, parfois, un outil de confrontation. À travers la diversité des objets traités, ce volume inaugural donne à voir les recompositions majeures du droit dans un environnement marqué par la compétition normative, les tensions géopolitiques, les transformations technologiques et l’intensification des stratégies de puissance.
Axes de recherche du numéro
Le numéro consacre plusieurs travaux aux mutations contemporaines du droit pénal économique et de la conformité. Figurent notamment une analyse d’une CJIP en matière de corruption d’agent public étranger, ainsi qu’une étude consacrée au blanchiment et aux obligations de vigilance dans le cadre de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Ces contributions illustrent la manière dont le droit pénal et la compliance participent désormais d’une architecture plus large de régulation stratégique, où la sanction, la vigilance et la responsabilisation des opérateurs économiques constituent des instruments de gouvernance autant que de contrainte.
La revue explore également les usages stratégiques du droit dans les champs bancaire, financier et commercial. Les contributions consacrées à l’assurance-crédit ou aux immunités des banques centrales face au gel de leurs avoirs soulignent que les instruments juridiques encadrant la circulation des actifs, des financements et des garanties sont désormais au cœur des tensions économiques globales.
Le droit économique apparaît ici comme un langage de puissance à part entière, capable d’organiser la protection des intérêts nationaux, de soutenir des politiques de rétorsion ou de préserver des marges d’autonomie dans un contexte de sanctions et de dépendances croisées.
Le numéro consacre plusieurs travaux aux mutations contemporaines du droit pénal économique et de la conformité. Figurent notamment une analyse d’une CJIP en matière de corruption d’agent public étranger, ainsi qu’une étude consacrée au blanchiment et aux obligations de vigilance dans le cadre de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Ces contributions illustrent la manière dont le droit pénal et la compliance participent désormais d’une architecture plus large de régulation stratégique, où la sanction, la vigilance et la responsabilisation des opérateurs économiques constituent des instruments de gouvernance autant que de contrainte.
L’un des apports de ce numéro réside dans l’attention portée au droit de l’arbitrage, saisi dans son rapport aux conflits armés, aux sanctions et à la recomposition de l’ordre public. Les contributions traitent de la sentence arbitrale internationale à l’épreuve de la guerre russo-ukrainienne, de la prise en compte du droit international humanitaire par l’arbitre, de l’affaire des navires ukrainiens, ainsi que de l’arbitrage d’investissement comme forum de règlement des différends spatiaux.
L’ensemble fait apparaître l’arbitrage comme un observatoire privilégié des tensions entre sécurité juridique, ordre public, souveraineté, guerre et exécution des décisions. Le document souligne expressément que la guerre, y compris sous ses formes économique, informationnelle, technologique ou juridique, multiplie les hypothèses dans lesquelles l’arbitrage se trouve confronté à des situations de conflit.
Le numéro s’ouvre également à des objets moins attendus, mais particulièrement révélateurs des usages stratégiques du droit. Les analyses consacrées aux biens culturels issus de Russie montrent comment la circulation du patrimoine peut être saisie par le droit international privé, les mécanismes d’insaisissabilité et les régimes de sanctions.
De même, la contribution relative au devoir de vigilance interroge les limites de la transparence comme instrument de responsabilité, en montrant que celle-ci peut devenir à la fois exigence de redevabilité et levier stratégique de contrôle narratif.
Enfin, l’article d’histoire du droit consacré à l’usage de l’ancien droit fiscal pour soutenir l’effort de guerre rappelle que les relations entre droit, puissance publique et conflictualité s’inscrivent dans une profondeur historique qui enrichit la compréhension des enjeux contemporains.
Le volume s’achève par un article consacré à la guerre par le droit dans la stratégie chinoise, qui éclaire la notion de falü zhan comme doctrine structurée de légitimation juridique au service des intérêts de la République populaire de Chine. Le document montre que cette guerre du droit s’inscrit à la fois dans une logique offensive, notamment en mer de Chine méridionale, et dans une logique défensive face aux instruments extraterritoriaux américains.
Cette ouverture finale donne au numéro toute sa portée : le lawfare n’y apparaît pas comme une catégorie abstraite, mais comme une réalité pleinement opératoire dans les grandes stratégies contemporaines de domination, de contestation et de recomposition de l’ordre international.
La revue
Daniel Mainguy, Professeur agrégé de droit privé, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Daniel Mainguy, Professeur agrégé de droit privé, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Kamalia Mehtiyeva, Professeur agrégée de droit privé et de sciences criminelles, Université Paris-Est Créteil
Joan Gondolo, Maître de conférences en droit privé, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Jean Bruschi, Maître de conférences en droit privé, Université Paris
Ben Mohamed Hamada, Maître de conférences en droit privé, Université Jean Moulin Lyon M. Florent Rombourg, Maître de conférences en droit public, Université de Nantes
Charlotte Broussy, Maître de conférences en histoire du droit et des institutions, Université de Montpellier
Adrien Hurtado, doctorant en droit privé, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Mme. Julia Daia, doctorante en droit international, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Bahu Amelie, doctorante contractuelle en droit privé, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Brouwer Lucie, doctorante en arbitrage maritime, Centre de droit maritime et océanique, Université de Nantes (CDMO)
Censi Ugo, doctorant contractuel en droit privé, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Cherrier Montrichard Célestine, doctorante en droit international, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Chevereau Clément, enseignant contractuel à l’Université d’Orléans
Dabrowski Maya, chargée de Mission du pôle « Intelligence Juridique » au sein de l’Innovation Lab
Dekhil Yasmine, enseignante en droit privé et doctorante en droit comparé de l’arbitrage commercial international, CREDIP-EDIEC, Université Jean Moulin Lyon III
Ditgen Alice, doctorante contractuelle en droit privé, Faculté de droit de Montpellier
Dutat Lucile, doctorante contractuelle en droit public, Université Caen Normandie
Favre Kévin, doctorant en droit privé et ATER à l’Université Paris-Nanterre
Giroud Marion, docteur en droit privé et sciences criminelles, ATER à l’Université Jean Moulin Lyon III
Habel Dani, doctorant contractuel en droit privé, Faculté de droit Aix-Marseille
Herrard Pauline, doctorante en droit privé et sciences criminelles, Faculté de droit de Montpellier
Quilès Tristan, doctorant en droit privé, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, juriste cyber
Romero Villanueva Camila, doctorante en droit international, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Université de Buenos Aires
Valencia Andrés, doctorant en droit privé, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Vestieu Kaori, membre du Comité Asie-Pacifique
Vielfaure Romain, doctorant en droit privé au Centre du Droit de l’Entreprise, Faculté de droit de Montpellier







