Guerre économique, rivalités géopolitiques, instrumentalisation du droit international et nouveaux enjeux numériques : le lawfare s’impose progressivement comme un sujet majeur de réflexion stratégique. Plusieurs événements organisés en France en novembre et décembre 2026 permettront d’en explorer les différentes dimensions.
Le lawfare, au cœur des nouveaux rapports de puissance
Longtemps perçu principalement comme un instrument de régulation des relations entre États et acteurs économiques, le droit occupe désormais une place centrale dans les stratégies de puissance et d’influence.
Le terme lawfare, souvent traduit par « guerre par le droit », désigne l’utilisation stratégique des instruments juridiques pour atteindre des objectifs politiques, économiques, militaires ou géopolitiques. Il recouvre des pratiques diverses, allant de l’exploitation des mécanismes contentieux à l’utilisation de normes extraterritoriales, en passant par la mobilisation du droit international pour exercer des pressions sur des acteurs étatiques ou privés.
Dans un contexte de multiplication des tensions internationales, de rivalités économiques et de transformations numériques, ces usages stratégiques du droit suscitent un intérêt croissant parmi les universitaires, les juristes, les entreprises et les décideurs publics.
Plusieurs rendez-vous organisés en France au cours des deux derniers mois de l’année 2026 permettront d’approfondir ces questions.
4 novembre – Le lawfare comme instrument de qualification et de stigmatisation sur la scène internationale
Bordeaux | Colloque international « Parler et dire »
Le 4 novembre, Samantha Marro, docteure de l’Université de Bordeaux, interviendra dans le cadre du colloque international « Parler et dire », organisé du 4 au 6 novembre à Bordeaux.
Intitulée « Parler et dire la déviance sur la scène internationale : l’exemple du lawfare », son intervention propose d’explorer les rapports entre le discours juridique, la construction de la déviance et les relations internationales.
Ce rendez-vous offre l’occasion d’interroger la manière dont les catégories juridiques et leur mobilisation peuvent participer à la construction de rapports de force sur la scène internationale.
Il s’adresse notamment aux chercheurs, juristes et professionnels des relations internationales intéressés par les dimensions politiques et discursives du droit.
Informations : Consulter le programme du colloque
26–27 novembre – La guerre judiciaire, un enjeu de protection pour les entreprises de défense
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne | Formation professionnelle
Dans un environnement marqué par la montée des tensions géopolitiques et l’intensification de la compétition économique, les entreprises de défense sont particulièrement exposées aux risques d’ingérence et aux stratégies de déstabilisation.
Les 26 et 27 novembre, l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne propose une formation de deux jours intitulée « Protection des entreprises de défense ».
Consacrée aux enjeux de guerre économique, d’ingérences et de menaces hybrides, cette formation comprend une séquence spécifique sur la guerre judiciaire, avec un module explicitement dédié au lawfare.
Cette approche met en lumière une dimension opérationnelle du phénomène : le droit peut constituer un instrument de pression dans les rivalités économiques, notamment lorsque des procédures judiciaires, des réglementations ou des dispositifs de conformité sont mobilisés dans un environnement concurrentiel.
Pour les entreprises de défense, la maîtrise des risques juridiques ne relève donc pas uniquement de la conformité : elle s’inscrit également dans une démarche plus large de sécurité économique et d’anticipation stratégique.
Informations pratiques : formation payante (1 590 € net), sous réserve d’un nombre suffisant d’inscriptions.
Consulter le programme et les modalités d’inscription
Décembre – Le numérique, nouveau terrain du lawfare ?
Université Côte d’Azur | Séminaire de recherche du LADIE
Le développement des technologies numériques ouvre de nouvelles perspectives en matière d’utilisation stratégique du droit.
Dans le cadre de son programme de recherche « Lawfare et instrumentalisations du droit international », le laboratoire LADIE de l’Université Côte d’Azur annonce pour décembre un séminaire intitulé « Le lawfare numérique : un nouveau terrain d’instrumentalisation ? », animé par Julien Ancelin et Chiara Parisi.
Cette rencontre devrait permettre d’examiner la place du droit dans les nouveaux rapports de puissance liés à l’environnement numérique.
La régulation des plateformes, la souveraineté numérique, les règles de circulation des données ou encore les compétences juridictionnelles transfrontières constituent autant de problématiques susceptibles d’éclairer cette réflexion, sans préjuger du programme définitif du séminaire.
Le développement du lawfare numérique soulève en effet une interrogation essentielle : dans quelle mesure les normes et les mécanismes juridiques deviennent-ils des instruments de compétition dans le cyberespace et l’économie numérique ?
Informations pratiques : date exacte, lieu et modalités de participation à confirmer.
Découvrir le programme de recherche du LADIE
15 décembre – Rivalité Chine–États-Unis : le droit au service de la compétition géoéconomique
Paris | Formation de l’Institut Français des Administrateurs (IFA)
La rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine constitue l’un des exemples les plus significatifs de l’utilisation du droit comme instrument de puissance économique.
Le 15 décembre, l’Institut Français des Administrateurs organise à Paris une formation intitulée « Comment les enjeux stratégiques et économiques États-Unis / Chine impactent les décisions en conseil ».
Cette journée abordera notamment les questions d’extraterritorialité et de lawfare, ainsi que les stratégies juridiques déployées par Washington et les réponses développées par Pékin.
L’utilisation des dispositifs juridiques dans la compétition sino-américaine souligne combien le droit participe désormais directement aux stratégies industrielles, commerciales et technologiques des grandes puissances.
Pour les entreprises européennes, ces évolutions soulèvent des enjeux majeurs : exposition aux normes étrangères, maîtrise des risques de sanctions, adaptation des stratégies de conformité et prise en compte des tensions géopolitiques dans les décisions de gouvernance.
Cette formation présente ainsi un intérêt particulier pour les administrateurs, dirigeants, juristes d’entreprise et professionnels de l’intelligence économique.
Informations pratiques : 900 € net pour les adhérents de l’IFA et 1 150 € net pour les non-adhérents.
Consulter le programme et les modalités d’inscription
Une évolution majeure : le droit comme composante des stratégies de puissance
Ces quatre événements illustrent la diversité des enjeux associés au lawfare.
Sur le plan international, le droit peut contribuer à la construction de rapports de force et à la légitimation de certaines positions politiques. Dans le domaine économique, il peut être mobilisé comme instrument de compétition ou de pression sur les entreprises. Dans l’environnement numérique, les normes juridiques participent à la structuration de nouveaux espaces de souveraineté et de confrontation.
Ces différentes dimensions invitent à dépasser une conception exclusivement technique ou défensive du droit pour en comprendre également la portée stratégique.
Pour les États comme pour les entreprises, la maîtrise des instruments juridiques devient un enjeu de souveraineté, de compétitivité et de sécurité économique.
Les rendez-vous de novembre et décembre 2026 constituent ainsi autant d’occasions de mieux comprendre les mécanismes du lawfare, d’en identifier les implications concrètes et de réfléchir aux réponses que peuvent y apporter les acteurs publics et privés.
Les informations pratiques et les modalités d’inscription sont susceptibles d’évoluer. Il est recommandé de consulter les sites des organisateurs avant toute participation.

